Miaw 10 - Curiosité

10
Curiosité



Wof dort là, pas loin.

Elle visitait, simplement. Elle a monté ces petits murs, qu'il y a dans la pièce du fond. En haut, il y avait une grille en fer, pas très haute. Elle aurait pu sauter par-dessus mais avait préféré passer au-travers des barreaux. Il y avait un couloir, plusieurs portes. Deux ouvertes. Dans l'une, une chambre, mais dans l'autre... Wof. Ronflant. Minette regarde la bête, depuis un moment. C'est sûr, Wof dort. Sur le lit, à côté, il y a Raymond. Il a quelque chose à la main, qu'il regarde ; ça arrive à Coralie, aussi, parfois. Il lève les yeux, voit Minette, lui sourit, puis retourne à son truc.

Minette s’approche doucement. Wof dort et un humain n'est pas loin. Si Wof se réveille, il pourra l'empêcher de l'embêter. Le moment idéal pour le voir de près.

À une distance raisonnable, Minette s’arrête. Elle vérifie rapidement que l'humain ne s'est pas éloigné depuis la dernière fois qu’elle a vérifié. Tout va bien de ce côté ; ces humains bougent peu… étonnant, d'ailleurs. Coralie court tout le temps, elle. Mais pas ces humains-là.

Minette en revient à Wof. Sa respiration est régulière, lente. Il dort. Minette fait encore quelques avancées, plus prudentes. Elle tend le cou et lui sent le flanc. Wof bâille et relève un peu la tête. Il ouvre un œil. Minette sursaute, se retourne, court, ventre à terre, saute par-dessus la barrière de fer, tombe dans le trou, descend les petits murs, continue de courir puis plonge sous le meuble à images. Là seulement, elle se retourne. Personne.

Elle est en sécurité, ici. Rien à craindre, Wof est trop gros pour venir.
Mais. Tout de même. Quel dommage. Elle était juste à côté ; à deux pattes.
C'est bête : elle n'a pas assouvi sa curiosité, et maintenant ne cesse d'y penser ; c'est contrariant. Elle doit réessayer, c'est sûr, oui. Elle doit la voir de près, cette bête, ce Wof. Il dort ; elle n'aura pas de meilleure occasion.

Alors, quelques minutes plus tard, lentement, ventre à terre, elle sort de sa cachette ; lentement, l'oreille tendue, retourne dans le trou qui monte ; lentement, le museau humant l'air en quête d'un danger, elle le grimpe ; lentement, la moustache frétillant, elle passe la tête au-travers des barreaux de la grille d'en haut ; en pattes douces et silencieuses, la franchit ; revient devant la porte de la salle où dormait Wof ; y met un œil. Il est encore là, vautré au sol, sur un côté, la langue sortie, l'air fatigué. Il la regarde. Minette ne bouge pas, mais il la voit, c'est sûr. Puis il bâille, ouvrant si grand la gueule que Minette aurait pu y entrer en entier. Elle observe ces dents qui ont l'air si coupantes, puis la gueule se ferme et Wof remue. Minette se prépare à fuir, mais Wof se met juste sur le dos, les quatre pattes en l'air. Puis il se rendort.

Ils restent ainsi longtemps ; l'humain sans bouger, Wof à dormir et Minette à regarder. Elle a bien envie de s'approcher. Après tout, il a les yeux fermés. Oui, mais... son museau est ouvert, lui, et si gros qu'il doit la sentir de loin, c'est sûr. Minette en a un plus petit et elle sait tout ce qu'il y a autour d'elle, même sans le voir, même au-travers des murs ; alors un si gros museau, c'est sûr, Wof n'a pas besoin d'yeux. Donc si Minette bouge, il le saura, c'est sûr, plus que sûr... Tout en y réfléchissant, elle avance, une patte après l'autre, l'arrière relevé, prête à bondir dans l'autre sens s'il fait le moindre geste suspect.

Elle est à côté de lui. Elle tend la tête, puis bondit d'un mètre en arrière : Wof a remué. Il est de nouveau sur le flanc, un œil ouvert. Minette ne bouge plus, mais s'y prépare. Wof soupire et ferme l’œil. Minette tourne la tête, les yeux ronds, leur ligne perpendiculaire au sol. La gueule de Wof est fermée mais sa langue en sort tout de même ; cette bête est vraiment étrange : comment Wof peut-il faire ça ?

Elle avance de nouveau, prête à bondir dans l'autre sens. Elle est de nouveau près de Wof, mais celui-ci ne réagit pas. Est-ce que par hasard... est-ce qu'il ne serait pas... si redoutable ? S'il avait tant envie de la croquer, alors... en un coup de tête... 

Son odeur est bizarre ; forte, c'est sûr ; inhabituelle, c'est certain... Mais il pue moins qu'elle n'avait cru. Pas autant que les humains qu'elle avait sentis quand elle était dans la boîte, en tout cas...

Elle reste là, un moment, à l'écouter respirer ; à s'habituer à l'odeur. L'humain est encore là, à ne rien faire ; c'est étrange pour un humain, mais c'est ainsi : il ne dit rien, ne fait aucun geste ; il est juste là, et c'est rassurant ; au cas où, il sera utile.
Elle regarde Wof, puis le touche. Il ne réagit pas. 
Sous le poil, c'est mou. Elle retire sa patte. Puis la remet, appuyant plus fort. Wof ouvre un œil mais ne fait rien de plus ; pas un mouvement, pas un grognement. Alors Minette pousse et pose une seconde patte. 

Elle le domine ; elle est sur lui, sûre d'elle. Wof ne dit rien. En fait, il n'est pas si dangereux ; juste bête.

Une heure plus tard... Minette dort sur le dos de Wof. C’est confortable, finalement. Presque autant que des genoux d’humains. Bercée par la respiration de Wof, au chaud, les pattes enfouies dans les poils de la bête, elle se sent... bien. Il y a des bruits étranges, là-dedans ; des gargouillis. Minette écoute avec attention. C’est amusant, presque mélodieux.

Minette relève la tête brusquement. Il y a une odeur qu’elle reconnaît. Ce n’est encore qu’un vague fumet, pour l’instant. Mais cela se rapproche. Le nez de Minette frétille, cherche d’où cela vient. Wof, dessous, relève aussi la tête, et jappe. Minette descend : ça vient d'en bas ; elle court, va à toute vitesse ; ça vient de l’entrée ! De la porte ! De derrière la porte ! Oui, c'est ça !

- MîîîîAAw ?

Un bruit aigu résonne dans l’appartement. Deux fois. Minette est tout excitée : c’est Coralie, c’est Coralie ! Oui, c’est elle ! Elle saute sur la porte, retombe au sol, essaye de regarder sous l'obstacle, court vers Man, qui venait vers la porte, elle lui signale qu'il y a Coralie, là-bas. Puis elle retourne à la porte, pour lui montrer où. Il faut qu'elle l'ouvre, vite, Minette sait que ça s'ouvre, et il y a Coralie, derrière, pas loin !

- Jariv ; jarriv… dit Man, lentement. Poustwa Minette… Jarriiiiv… 

La porte est ouverte ; Minette la franchit aussitôt et se frotte aux jambes de Coralie. Elle est revenue ; elle est là, elle ne l'a pas quitté. Son humaine la prend. Minette donne un coup de tête à son bras pendant la levée, puis Coralie l'embrasse dans le cou. Minette ronronne ; son humaine ne l'a pas oubliée !

- Omonch’â ! Otumha mankai monch’â ! Lu, man… Vyain Minette, laaa
- Koman taihantrai ? demande Man. 
- Kelkunsortéh… savaman ? Salupa !
- Bjour Coralie … saitaibyain, sevoahiaj ?
- Jai-nyal ; jayha-do-rai… éla haitésaj ? 
- °Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr… fait Minette dans les bras de Coralie
- Sava, sava…
- °Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr°Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr … dit Minette.

Coralie s'assoit sur le canapé, à côté de Man et Minette dans les bras. Caresse où c'est bon. Hors de question de bouger. 
Wof vient à son tour, aussi bruyant que d'habitude. Il pose ses pattes sur les genoux de Coralie. Son humaine le caresse.

- Binsavamyeu, eudeu, jeuvoa dit Coralie, d'une voix contente.
- Wi, ysaim byain, tusé, dit Man.
- Abon ? Saicoul... oma Minette, alortulaim, tyfou, hain, laijanty, hain ?

Minette ne comprend pas ; mais Coralie la caresse, alors elle ronronne.
Les humains parlent ; de trucs d'humains ; Minette n'écoute pas. Bientôt, elle somnole. D'une oreille et d'un œil seulement. 

Tout va bien ; son humaine est là.

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