Miaw 13 - L'odeur de l'inconnu.


Deuxième âge : Adulte 
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13
L'odeur de l'inconnu.



Elle est sur le balcon, à mâcher l'herbe du pot qu'il y a là. Ce n'est pas pratique, avec ce truc en plastique qu'on lui a mis, Humain sait pourquoi ; à cause de ça, elle n'arrive pas à se nettoyer, nulle part ; elle se sent sale mais n'y peut rien.
Enfin... elle y arrive tout de même, à croquer l'herbe, mais elle se serait bien passée de cet encombrant collier. Et de cette horrible douleur au ventre ; on dirait qu'elle a faim, sauf que non ; mâcher l'herbe lui fait du bien, du moins c'est ce qu'elle croit, mais en fait, non. 

Elle voit des chats, en bas, près des arbres, qui la regardent. 
Qu'est-ce qu'ils ont, ceux-là ? Qu'ils s'en aillent ! 
Elle se remet à son herbe, mâchant plus fort, de mauvaise humeur.

Puis elle prend un bain de soleil. Un long moment. Mais sa douleur n'en diminue pas ; à peine devient-elle plus tolérable ainsi. Sauf au ventre ; le soleil donne l'impression d'y taper plus fort qu'ailleurs ; avec ce stupide truc au cou, elle n'arrive pas à voir ce qui ne va pas ; on dirait qu'elle n'a plus de poils, là, mais c'est idiot ; et pourtant... le sol semble plus proche quand elle s'allonge, et l'air plus vif, et le soleil plus chaud...

Elle entend Coralie qui rit. Elle est avec un autre humain, que Minette ne connaît pas. Un grand, très grand, beaucoup trop grand. Effrayant. Quand elle l'a vu, elle a préféré venir ici. Pas question que cet humain gigantesque ne la touche. Le dernier inconnu qui l'a fait, c'était celui qui l'avait piqué ; c'était très douloureux ; ça n'arrivera plus ; aucun nouvel humain ne l'approchera, c'est décidé.

Elle étend ses pattes, ronronnant comme si le soleil la caressait.

Elle ouvre brusquement les deux yeux, sans bouger plus, mais prête à bondir si besoin. Coralie vient de passer sa tête par la porte-fenêtre et lui demande de rentrer. Minette proteste ; elle n'a pas envie. Mais son humaine insiste. Minette persiste ; elle ne bougera pas. Coralie sort en soupirant et s'approche d'elle en tapant des pieds. Minette est aussitôt sur ses pattes et fuit, ventre à terre. Sans oublier de protester. La douleur devient horrible, alors elle ralentit ; mais pourquoi a-t-elle si mal, et surtout quand elle court ?
Elle voit le géant, dans le salon, et fait un long détour pour le contourner, puis elle file dans la chambre. Juste après l'entrée, elle s’arrête. Il y a quelque chose dans sa gueule, qui la dérange. C'est coincé ; c'est désagréable, comme sensation. Elle pousse, remonte ce qui la gêne par petits coups de tête, puis le rejette à l'extérieur. Elle regarde la petite flaque et y voit l'herbe du balcon. Sa curiosité satisfaite, et puisque ça va mieux, elle va sous le lit. Le truc à son cou se cogne au lit, ça l'agace, mais en tournant la tête, ça passe.

Elle décide de rester ici un moment ; elle a trop mal pour courir, comme elle vient de le faire. Elle dort, donc.

Longtemps plus tard, les humains reviennent. Ils se jettent sur le lit, en riant ; ça réveille Minette. Ils rient, ils rient, puis Minette voit tomber leurs habits sur le sol. Bien vite, ils ne font plus seulement ces bruits connus, ces rires, mais d'autres, aussi ; certains étouffés, d'autres aigus ; des grognements, des cris. C'est assez effrayant. Elle ne les voit pas, et heureusement. Ce qu'ils font, quoi que ce soit, n'a pas l'air bien normal. Elle ne préfère pas qu'ils sachent qu'elle est là ; les humains sont imprévisibles : va savoir ce qu'ils feraient s'ils la voyaient !
Et puis d'un coup, après des cris plus forts encore, voilà que c'est fini ; aussi brusquement que ça a commencé. Après un long silence, tout en respirations exagérées, ils se mettent à parler ; retour à la normale. Va savoir ce qui leur a pris...

Les jours passent, comme les repas. 
L'inconnu vient de plus en plus souvent, et son odeur envahit peu à peu les lieux, jusqu'en son moindre recoin ; à chaque fois qu'il est là, les humains font ces cris étranges, sur le lit, la porte de la chambre fermée. 
Minette préfère dormir ailleurs que sous ou sur le lit, désormais. Elle choisit le canapé ; c'est confortable, aussi, surtout sur les coussins.

Avec les jours qui passent, sa douleur lancinante s'estompe, petit à petit, jusqu'à disparaître. Elle n'a plus mal au ventre et peut courir sans que son corps s'en plaigne. Encore quelques repas et, de nouveau, Coralie la piège. On croit à un câlin, et on vous met dans la boîte. Sans raisons. Il faudra vraiment comprendre les prémisses de ces moments où son humaine se prend l'idée de l'enfermer ; une fois, seulement, Minette a réussi à anticiper ; juste une fois, quand elle était chez Man, elle avait vu Coralie préparer la cage... Mais pas aujourd'hui... Elle se bat, mais tout est allé trop vite. De retour dans la boîte, dans les bruits et les odeurs des humains trop nombreux. Et de nouveau, elle se retrouve devant celui en blanc, celui qui lui a fait si mal, la dernière fois ; elle se bat, tente de fuir, mais l'humain et sa complice la mettent sur le dos et lui touche le ventre. Qu'est-ce qu'il va encore lui faire ? Elle se plaint, tente de griffer, mais n'y arrive pas. Et puis... il lui enlève ce truc au cou. C'est tout. Puis on la remet dans la boîte ; elle est presque soulagée de la retrouver. Presque.

Bruits et odeurs, encore, puis retour à l'appartement. Par la grille, Minette voit le géant, assis sur le canapé. Que fait-il là, lui ? 

- Pratikléklé, dit celui-ci en montrant quelque chose de métallique.
- Daisolai, levaitohavédur'tar.
- Bapagrav...

Coralie ouvre la grille ! Minette s'enfuie à peine libérée, de peur que son humaine lui remette le collier. Elle se cache sous le lit, et là, entreprend de se laver. Enfin..., enfin elle le peut ! Elle y consacre du temps, se passant bien la langue partout, et surtout au ventre. Jamais elle n'a été aussi sale, c'est abominable.

Mais voilà que les humains remettent ça : de nouveau ils s'écroulent sur le lit, avec leurs bruits stupides. Minette plisse les yeux ; impossible d'avoir la paix, donc ?
Elle quitte le lit et sort de la chambre, non sans jeter un regard rapide à ce qu'ils font : ils sont collés l'un à l'autre, sans habits ; aucun intérêt..., elle les laisse. La porte est presque fermée ; avec la patte, elle l'ouvre un peu, assez pour passer.

Pas d'humains dans l'autre pièce. Bien. Mais la fenêtre du balcon est fermée. Zut.
Minette sent l'odeur de l'humain inconnu. Elle est là partout ; et surtout dans ce sac, là, qu'elle ne connaît pas. Il est posé sur le canapé, ouvert. Elle le regarde un long moment, puis y plonge la tête. L'odeur est forte, entêtante..., mâle. Ça lui en rappelle une autre... mais elle se sait plus trop quoi.

Il y a des trucs d'humains, dans le sac. Elle en prend un dans sa gueule et le sort. Sa première découverte sent le sel et la sueur d'humain, mais aussi autre chose ; une fragrance envoûtante, excitante ; la même odeur que ce que Coralie met dans son eau, quand elle mouille le sol pour le laver ; la même, mais en plus dilué. Qu'est-ce donc, ce truc, qui sent tant l'essence de propre ? On dirait un des habits cachés de Coralie, qu'elle met par-dessus les seuls poils qu'elle a, à part sur la tête ; c'est aussi petit, avec deux trous pour les jambes..., mais en plastique, et ça ne sent pas Coralie, mais l'inconnu. Et c'est humide, aussi ; et cette autre odeur... ça sent bon. Étrange... En l'examinant, Minette se coince la tête dans un des deux trous, puis essaye de s'en débarrasser, avec une patte. Elle doit tourner plusieurs fois sur elle-même, et tomber du canapé, avant d'arriver à ressortir de ce piège. Puis elle remonte sur le canapé et retourne à son exploration. Il y a autre chose, dans le sac ; plus grand. Elle l'attrape dans sa gueule, et tire pour le sortir. Mais c'est coincé. Elle tire d'un coup sec ; le sac bouge, mais l'objet de sa curiosité y reste. Elle tire encore, tout en reculant. Le sac la suit, alors Minette le maintient, d'une patte, en s'échinant à tirer plus fort. Brusquement, ça se décoince, puis ça sort. Minette tombe en arrière, le truc à sa suite. Elle s'en débarrasse et observe son trésor... Déception : ce n'est qu'un de ces grands tissus que Coralie utilise le matin après s'être mouillée.

Minette s'assoit sur le canapé, et bâille. Tous ces efforts l'ont épuisée. Elle hésite à dormir. Puis revoit le sac. Il y a peut-être autre chose dedans. Elle y retourne. Elle ne voit qu'un tube, avec un humain dessiné dessus, comme celui qu'utilise Coralie, le matin, quand elle se mouille. Elle renonce à le sortir, puis découvre qu'elle peut entrer entièrement dans le sac.

L'odeur est intéressante, ici. Et puis, c'est confortable, cette bosse, qu'il y a là. L'obscurité lui plaît. Elle se sent serrée, comme dans des bras. Elle est encore un peu sale, mais trop fatiguée pour finir sa toilette. Elle bâille, donc, et commence à somnoler, tandis que les humains, dans la chambre, commencent à crier fort ; ça l'agace, mais ça ne l'empêchera pas de dormir, c'est décidé. Elle pose la tête sur ses pattes, seules ses moustaches dépassant du sac ; et puis la relève. Il y a une odeur, une autre, qu'elle connaît, derrière la porte de la sortie... Elle tourne la tête, creusant sa mémoire, tandis que la porte commence à s'ouvrir ; à qui donc appartient cette odeur ? C'est une assez vieille, qu'elle n'a plus sentie depuis... si longtemps... L'humain entre ; il pue ce que les humains boivent parfois, quand ils sont nombreux. Il avance bizarrement, aussi, et rit doucement. Il fait trois pas rapides, en tombant, puis se retient à la table. Il a un genou par terre, et rit ; mais un rire bizarre... Son museau doit la tromper ; elle n'a jamais aimé un seul humain qui pue autant ; mais pourtant, sous la puanteur, il y a ce parfum... de mâle, qui était important pour elle ; oui, c'est ça : important. Mais pourquoi ?

L'inconnu à l'odeur connue se relève, rote puis avance vers la chambre, en zigzaguant. Et s’arrête brusquement, en entendant un cri de Coralie, plus aigu que les autres, suivi d'un grognement du géant qui est avec elle.
L'humain reste debout un moment, pas tout à fait stable, les bras ballants. Puis ses poings se serrent, sa mâchoire se crispe et ses yeux se ferment, à moitié. Puis il avance de nouveau, plus vite mais pas plus droit. Il tombe au sol, juste à côté de la porte de la chambre. Il rampe un peu, en grognant, et s'aide du mur pour se remettre debout. D'une main, en grommelant quelque chose, il fouille dans son habit du dessus. Il en sort un objet noir, pas très grand, qui lui remplit la main. Il le lève et pose sa main libre sur la petite barre qui ouvre la porte, et regarde par l'ouverture que Minette a laissé en sortant.

- Assssssal... véttebuuuté...

C'est Luc ! C'est sa voix ! Elle le reconnaît ! Elle sort du sac et court vers lui. Il est revenu, il est revenu ! Elle saute dans ses jambes, en le saluant. Mais il lui donne un coup de pied, et Minette est projetée loin en haut.

- Tag'heul ! fait Luc.
- MIIIAAAWWW ! s'écrie Minette, surprise.
- Minette ? dit Coralie, de l'autre côté de la porte de la chambre. 

Sa tête cogne violemment la table basse. Sa vision se trouble. Elle entend le géant parler, et elle voit Luc courir, pas droit, vers la porte de la sortie ; puis la claquer. Celle de la chambre s'ouvre, mais elle ne voit pas qui en sort. Elle ferme les yeux. Puis ne voit ni n'entend plus rien...

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