Miaw ?

1
Rendre heureuse son humaine.


© de l'Eauquipique



- Miaw ? demande Minette en sortant de sous le canapé.

Coralie, son humaine, ne répond pas. Elle est triste. Minette le sait à cause de ces petits sons que font les humains quand ils sont malheureux. Et puis de l’eau salée, qui leur sort des yeux. 
Sans bruit, elle saute sur le canapé. 

- °Miii^iiiouuuw°… dit-elle doucement, en poussant du museau le bras de Coralie.

Sans y penser, en continuant de pleurer faiblement, son humaine lève le bras et Minette passe dessous, atteint le cou, s’y frotte. Puis la joue humide. Coup de langue. 

- °Miiââouw°…
Hm… Rét' Minééétte...


Minette sait reconnaître le son de son nom, puis celui qui désigne ses deux humains, celui qui parle de manger, celui qui demande à rentrer du balcon pour fermer la fenêtre, puis d’autres sons encore, comme « Rét », qui signifie « Ne fais plus ce que tu es en train de faire ». Mais elle ne connaît pas tous les sons… Les autres bruits que font les humains sont inutiles, jusqu'à preuve du contraire ; quand ils se répètent trop souvent, elle essaye de les comprendre, et parfois, elle y arrive... mais la plupart du temps, elle se contente de reconnaître si ces bruits sont gentils ou grondants. Ainsi, quand ils considèrent que Minette fait quelque chose d’interdit (autrement dit, quelque chose qu’elle ne doit faire que s’ils sont absents), ils le montrent tous de la même façon : ils disent le son de son nom rapidement, d’une voix grave, puissante et violente. Lorsque, au contraire, ils veulent des câlins, ils forment des sons doux, rallongeant son nom en insistant sur le « i » et sur le « é » et parfois grattent la moquette avec leurs doigts. Certains, souvent ceux qui ne connaissent pas son nom, ont une attitude étrange : ils plissent leur bouche. Plier, déplier, plusieurs fois très vite ; cela crée un son répétitif, assez agaçant, mais curieux… Et puis, il y a quand ils sont tristes, les humains. En fait, ces grandes bêtes verticales sont faciles à cerner : ils sont malheureux, heureux ou en colère. Mais leur fonction principale, c’est de donner à manger. Voilà pourquoi il faut les rendre heureux. Pour qu’ils n’oublient pas de donner à manger.

- °Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr… fait Minette, la tête posée sur la nuque.
Snirfle,  Minette ! Sichtavaipâ ! Jtém’cha… tsé ? Â, Minette !

Son humaine semble se calmer. Et puis non, ça repart, plus fort encore… Elle ne comprend pas ce qui est arrivé. Elle se souvient que Luc, son humain, a poussé un hurlement, tout à l’heure. Elle dormait en haut de l’arbre en moquette. Elle avait sursauté. Ensuite, son humaine avait aussi crié, et Minette, au cas où, s’était précipitée sous le canapé. Mais elle avait tout de même un peu regardé, par en dessous. Elle n’avait pas le droit de monter sur la dernière étagère de ce meuble ; elle avait fini par comprendre que le vase, dessus, était fragile. Mais aujourd’hui, son humain avait pris le vase et l’avait jeté au sol. Il s’était brisé, forcément. Les humains sont incompréhensibles. Globalement faciles à cerner, mais incompréhensibles. Les cris avaient duré longtemps. Beaucoup de choses qu’on lui interdisait avaient été faites. Le meuble renversé, des livres éparpillés… Puis Luc avait crié une dernière fois et était sorti en claquant la porte. Enfin, Coralie était tombée sur le canapé… Minette était restée dessous un peu. Au cas où. Puis…

- °Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr … câline Minette, la tête posée sur la nuque de Coralie.

Elle console son humaine. Elle insiste. Le temps qu’il faut. Finalement, Coralie se remue, se relève un peu, s’assoit. Elle sort de sa poche un bout de tissu, le porte à son visage. Elle souffle. Le bruit qui signifie qu’un humain va bientôt se sentir mieux. Coralie se met debout, Minette s’étire, puis elle entreprend de se recoiffer le flanc ; son humaine a la manie de tourner ses poils en hélice. Ah, ce qu’il faut accepter pour rassurer ces grandes bêtes ! Coups de langue méthodiques.

Byhain ! Tuv’heu manger, Minette ? 

Elle relève vivement la tête, écarquillant les yeux. Se refaire une beauté attendra ; son humaine avait dit le son magique : « Manger ». Sans même avoir à le réclamer ! 

- *Miaw* ! confirme Minette en fixant Coralie et en se dressant sur ses quatre pattes.
Ôwiiii Tv’heu manger, hain Minette. Saikilafin m’ch’â ! Ôbawi ! 
- *Miii^iiiaw* ! s’impatiente Minette.

Elle est déjà à la cuisine, près de sa gamelle, impatiente. Coralie arrive en marchant lentement. En souriant. Minette revient vers elle et se frotte à ses jambes.

- °Mi°Ii°Ii°Iâââwww…
Wi Minette, wi… savhyain… 

Coralie s’approche du placard. Minette rejoint Coralie. Du pied, Coralie la pousse pour ouvrir le placard. Elle proteste, va à sa gamelle. Coralie prend un sachet fraîcheur. Minette le regarde intensément. Coralie sourit et remue le sachet. Flic, floc. Flic, floc. Minette se rapproche, se met debout en posant les pattes avant sur le genou de Coralie. Son museau frétille. Coralie va à la gamelle, se penche, la prend, la pose sur la table. Minette saute sur la chaise de la cuisine. Pour mieux voir. Shriiiiiiik. Coralie déchire le haut du sachet fraîcheur. Minette met une patte sur la table. Elle est repoussée, retourne sur le sol en protestant. Flok-flok ; flÔk. Gamelle remplie. Elle tend le cou, pour mieux voir. Coralie prend la gamelle, se penche, la repose au sol. Minette commence à manger avant que la gamelle soit posée. Coralie s’en va. Elle en est indifférente. Elle mange.

Au loin, elle entend Coralie qui pleure, de nouveau. Mais elle mange, dévore, engloutit, a fini de manger, se lèche les babines. 

Coralie range le meuble dans le salon. Elle a des larmes courtes, simples, presque sèches, presque silencieuses. Elle remet les livres en place. Minette vient vers son humaine, passe entre ses jambes, frottant ; la console, un peu. Puis elle va sur son coussin, dans le coin. Elle bâille, s’étire, fait trois tours sur elle-même et se couche. Digestion.

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