Miaw 3


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Chasse à la souris.




Coralie est sortie. Minette est seule, comme souvent en journée. Elle a mangé puis dormi toute la matinée. Elle s’étire, bâille, se dresse sur ses quatre pattes, s’étire en gonflant le dos, se lave un peu les pattes, puis le museau en se les passant dessus.
Puis elle va dans la cuisine, derrière la porte, dans son petit coin de terre. Ce n’est pas très propre, ça mériterait un bon nettoyage. Depuis quand Coralie ne le vide plus ? Voilà qui est nouveau. Il faudra qu'elle le lui dise ; ce n'est pas normal que ça reste ainsi... Minette frotte les cailloux, recouvre tout. Elle pince le museau, se retourne, garde deux pattes dehors, s’accroupit à l’intérieur. Fait. Puis gratte de nouveau, repousse tout au fond. Elle frotte ses pattes sur le bac. Ces cailloux sont agaçants, à rester coincés entre ses griffes. Et l'odeur... c'est écœurant.


Elle sort de la cuisine et va au salon. Elle s’approche de la fenêtre, regarde à l’extérieur... le balcon. Elle se souvient y avoir été, sur le balcon ; dehors. Mais Coralie ne veut plus ouvrir la fenêtre, même en insistant, même en se frottant à ses jambes, rien n’y fait, elle ne veut plus. C’est bien dommage, dehors, c’est mieux que dedans. Minette regarde les boules blanches du ciel qui tombent, et se demande ce que c’est. Elle n’a encore jamais vu ça. Leur chute est lente et désordonnée, ils sont de différentes tailles, c’est joli, ça a l’air bon. Minette voudrait bien en attraper une, de boule. D’ailleurs, elle a envie d’attraper quelque chose, là, maintenant.

Elle tourne la tête. Près de la boite à lumières, sous sa petite table, il y a une souris en peluche. Minette se retourne, lentement, se plaque au sol, oreilles dressées. Elle rampe, doucement, sans bruits, elle contourne la grande table, passe derrière le rideau, pour mieux se cacher. Arrivée à deux mètres de la souris, Minette se fige. Elle remonte, lentement, très lentement, son arrière-train. Ses pattes arrière frétillent, ses yeux pétillent, soudain elle saute ! Ses deux pattes avant capturent la souris en peluche, Minette roule sur le dos, la souris captive, puis se cogne à un meuble.

- *Miii*iiiâ^âï*ïe !

Minette se lèche la patte, la passe sur la tête, là où le meuble l’a frappé. Elle recommence, plusieurs fois. Puis elle regarde la souris. Elle est là, juste à côté ; elle n’a pas bougé. Minette approche son museau, touche la souris. Il y a l’odeur de Luc. C’est lui, souvent, qui lançait la souris, et Minette sautait pour l’attraper au vol. L’odeur de Luc est forte, captivante, mâle. Minette frappe la souris de la patte ; elle rebondit plusieurs fois sur la moquette puis s’immobilise. Minette la regarde, tourne la tête de côté. De longues minutes, Minette la surveille. Fixement.

Puis elle se plaque au sol et va sous un meuble. De là, elle observe la souris de peluche, les yeux plissés. Elle se fige. Elle remonte, lentement, très lentement, son arrière-train. Ses pattes arrière frétillent, ses yeux pétillent, soudain elle saute ! Sa proie capturée, Minette roule sur la moquette, la souris entre ses pattes, un tour, deux tours, trois tours sur elle-même. La souris s’échappe, une fois, Minette saute encore, la griffe et la souris part, alors elle roule encore, puis saute encore, l’attrape puis la lâche. La souris retombe sur une chaise, Minette va sous le canapé... Là, elle sent quelque chose. Elle tourne la tête : il y a un de ces trucs en tissu, tout petit, que les humains se mettent en premier quand ils sont nus. Celui-là est rose, avec des dessins, et sent... elle connait cette odeur... ah oui ! C'est celle de l'autre humaine, qui n'est venue qu'une fois. Pas intéressant. Elle revient à la souris. Où est-elle passée ? Ah oui : là-haut. 

Plaquée au sol, elle surveille la souris sur la chaise. Elle ne bouge pas. Minette sort doucement de sous le canapé, se rapproche ; cercles concentriques, lents. Elle est maintenant sous la table, au pied de la chaise, derrière, pour que la souris ne la voit pas. Minette se fige, son corps épousant la moquette. Elle remonte, lentement, très lentement, son arrière-train. Ses pattes arrière frétillent, ses yeux pétillent, elle attend que la souris s'enfuit... mais cette dernière ne fait rien. Elle le regrettera. Minette contourne la chaise, puis saute sur le dossier. Elle surplombe la souris, qui ne se doute de rien. Elle va fondre sur elle, depuis là-haut. Mais le dossier, où elle est perchée, soudain, bascule. Minette se sent tomber, ne comprend pas, saute, atterrit sur le canapé, entend un grand bruit derrière elle, sursaute, s’enfuit, court, va dans la chambre, sous le lit, se retourne, cherche des yeux. Personne ne la suit. Elle décide de rester là. Un peu. C’est plus prudent.

Sous le lit, il y a une chaussure. Tiens ? L’odeur de Luc… C’est une odeur forte, entêtante, puissante. Minette s’en enivre, la tête profondément enfoncée dans la chaussure. Elle décide de s'endormir ici.

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