Miaw 4 - L'odeur de Luc


4
L'odeur de Luc



Le soir, Coralie rentre, mais pas Luc. Minette a faim, et le signale. Mais Coralie s’affale dans le canapé et allume la boite à lumières. Des images apparaissent. Minette regarde. Rapidement. Elle connaît, c’est un truc d’humain. Ils y restent longtemps, à regarder ça, et oublient de donner à manger. Pas intéressant. Elle décide de faire sa toilette. Elle se nettoie les pattes, puis le ventre, puis le flanc. Enfin, elle se redresse, va vers son humaine, saute sur le canapé, pose une patte sur son genou, puis une deuxième, puis la première sur l’autre genou, puis une troisième sur le premier genou, puis la seconde sur le second genou, enfin la dernière sur le genou du début. Puis elle fait trois tours sur elle-même avant de se caler, pattes en rond, tête dans les pattes, queue sous le museau. Coralie pose la main sur la tête de Minette, se crée un passage et enfin la caresse dans le cou.

- °Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr°Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr … dit Minette.
- Tunepheupa komprandr… dit la boite à lumières. Jlaimm, jipeuryain ! 

Minette somnole, mais que d'un œil, que d'une oreille ; parce qu'elle sait bien que les humains sont imprévisibles. Et elle a bien raison, hélas... La porte, celle que Minette n'a jamais passée, fait son bruit aigu, celui qui est pénible... et Coralie se lève. Minette tombe à terre et proteste ; elle était bien, elle n'avait pas envie que son humaine parte. Elle la suit jusqu'à la porte, des yeux, furieuse. Coralie l'ouvre et une humaine, celle de la dernière fois, lui saute dans les bras. Leurs bouches se touchent un instant, mais Coralie repousse l'autre humaine.


- Turaiponpa hamézapel… dit celle-ci. Pourkwaturai...
- Tusépourkwa... Tapourimavi... Stef... foumoalapé... Vatan ! l'interromps Coralie.
- Jeuvepa... jetém. Tupepameu...
- Pamoa ! Takompri ? Jétébouré... Jédékoné... Jéhéséyé... jaméjorédu... 
- Dipasa... 

L'autre humaine se met à pleurer ; qu'est-ce qu'ils peuvent chouiner souvent, les humains ! 

- Sijledi ! s'écrit Coralie. Paskesévré... chuipa...sa. Jétébouré étumaforsé ; jeutehé ! Alévatanputin... Tapourimavi, lukatouvu... bartoa... bartoa.
- Mésépamafot silérantré ! Coralie...

L'autre humaine essaye encore de prendre Coralie dans ses bras, mais celle-ci la repousse, jusqu'à la mettre dehors. Puis elle ferme la porte et se glisse au sol.
Bon. Elle est encore triste ; va savoir pourquoi... Donc Minette doit encore la consoler. C'est lassant, à force. Alors elle s'approche, se frotte à son humaine et lui monte sur les genoux. Elles restent là, comme ça, un moment, Minette à ronronner et Coralie à lui faire des nœuds dans les poils... Les larmes de Coralie se font de moins en moins bruyantes. Jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus.

Puis Coralie se lève et se décide, enfin, à lui donner à manger. Flic, floc. Flic, floc ; Shriiiiiiik ; Flok-flok ; flÔk. 

Puis vient la nuit. Luc n’est toujours pas rentré. 

Puis viennent un autre matin, un autre repas (Flic, floc. Flic, floc ; Shriiiiiiik ; Flok-flok ; flÔk), une autre journée seule, avec pour toute amie une souris, un autre soir où Luc ne rentre pas, un autre repas, une autre nuit, un autre matin, un autre repas, une autre journée, un autre soir et un autre repas. Les jours passent ainsi, comme les repas. Flic, floc. Flic, floc ; Shriiiiiiik ; Flok-flok ; flÔk. Manger. Digérer. Évacuer. Se Toiletter. Manger. Digérer. Évacuer. Se Toiletter. Recommencer.

Partout dans la maison, les rideaux, sous le lit, dans la chambre, le salon, la salle de bains, la salle de toilettes des humains, il y a l’odeur de Luc. Mais Luc ne rentre pas.

Viennent un autre matin, un autre repas, une autre journée, un autre soir où Luc ne rentre pas, un autre repas, une autre nuit, un autre matin, un autre repas et une autre journée. Et ce jour-là, Coralie sort son souffleur de vent. Minette n’aime pas cette chose, plus grande qu'elle ; c’est bruyant et inquiétant. Quand son humaine le traîne dans le salon, Minette va sous le lit. Quand il est dans la chambre, Minette va sous le canapé.
Après, Coralie mouille le sol avec un truc gris et un grand bâton. Minette n’aime pas l’eau ; c’est humide. Ni les bâtons : Luc s'en sert parfois sur elle ; ça fait mal. Minette attend sur le lit que ce soit fini. Elle dort, pour se remettre de ses émotions.
Elle se réveille, s'étire, renifle. Curieux : les odeurs de Luc sont moins présentes. Minette va sous le lit. Il n'y a plus la chaussure. Ce doit être pour ça. Elle la sent tout de même, elle cherche où. Elle suit l'odeur. Elle arrive dans la cuisine. Pas de doute : la chaussure est dans le grand sac sous l’évier. Le sac qui sent fort. Minette sait que ce qui va là-dedans finit toujours par disparaître. Mais peut-être pas cette fois. C'est son humain qui sort ce sac, toujours. Donc si Luc n'est pas là, le sac devrait rester là. Ce serait logique ; enfin... si les humains l'étaient. Minette bâille, s'étire et quitte la cuisine.

D’autres jours et d’autres nuits et d’autres repas passent. 
Luc ne revient pas. Étrange.

Plusieurs nettoyages passent. 
L’odeur de Luc s’estompe, s’efface..., s’oublie.

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