Miaw 12 - Chaleurs


12
Chaleurs




Les jours passent, comme les repas. 

Son humaine somnole ; pourtant, il fait jour. Avant, Coralie ne dormait que la nuit. Avant, il y avait des jours où Minette était seule. Mais maintenant, Coralie est là tous les jours, et parfois pour dormir. Les humains sont incompréhensibles.

Au moins, elle a ouvert le balcon. Minette mâche une feuille, de la plante qu'il y a là, tout en regardant dehors. Il y a un chat, en bas, sous les arbres qu'on voit depuis le balcon. Elle l'observe, il l'observe, ils s'observent. Ils pensent à la même chose. Minette se frotte aux barreaux du balcon, puis elle se roule au sol. Ventre en l'air, elle regarde le chat, dehors. Il n'a pas bougé. Il ne vient pas. Elle miaule, sans ouvrir la gueule. Puis plus fort. Elle roule encore, se relève, met les pattes avant sur les barreaux, écarte les pattes arrière, et se balance. Elle piétine, et miaule. Dehors, un deuxième chat arrive, mais le premier n'a toujours pas bougé. Minette les rejoindrait bien, mais... c'est loin en dessous. Elle se souvient avoir sauté, quand elle était chaton. Mauvais souvenir ; elle avait boité longtemps, après.

Non, c'est à eux de venir. Alors, elle miaule ; elle les invite ; elle se roule encore au sol. 
Dehors, les trois chats lui répondent enfin. Mais ils ne bougent pas, ces sots. 
Il fait chaud, au soleil. Elle a besoin de caresses. Alors, elle se relève, s'étire, bâille et décide de rentrer. En se frottant à la fenêtre. Tant pis pour eux, s'ils ne veulent pas venir.

À l'intérieur, Coralie ne dort plus. Elle rit, assise, derrière quelque chose qui fait de la lumière ; mais pas la boite à image, un objet plus petit. Minette se moque de ce que c'est ; mais elle saute tout de même sur les genoux, pour voir. Coralie lui pose une main sur la tête, l'empêchant de regarder l'objet. Puis son humaine commence à gratter. Oh... parfait ; Minette ronronne aussitôt.

- Lémaran, suila ! dit Coralie.

Minette ouvre un œil, cherchant l'autre humain. Mais son odorat ne l'avait pas trompé : il n'y en a pas. Alors à qui son humaine parle-t-elle ? Pas à elle, visiblement. Minette la regarde, intriguée ; elle rit et parle toute seule, maintenant ?

- Deumin? Euuu... juidikwa...?.
- °Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr°Rr°Rrrr°RRRrrr°RRrrr°RRRrrrr… répond Minette.

Coralie lui relâche la tête brusquement, puis tape sur l'objet, sur la partie posée sur la table, avec ses deux mains. Pourquoi arrête-t-elle de la caresser ? Minette n'est pas d'accord. Elle pousse son bras du museau, pour qu'elle le comprenne. Coralie éclate alors de rire ; Minette sursaute, se demandant pourquoi son humaine a crié. Elle hésite à descendre. Elle miaule. Mais ce n'est pas contre elle. Coralie continue de taper sur l'objet, très vite, et à rire, moins fort, mais à rire... Pourquoi ? Est-ce à cause... de ce truc ? Elle pose ses pattes sur l'objet, pour savoir. Coralie la repousse aussitôt, d'un ton fâché. Minette proteste, et réessaye.

- Rét, Minette ! 

Incompréhensible. Ce truc a l'air amusant, mais elle, elle n'a pas le droit d'essayer ? Elle réessaye encore. Cette fois, en criant, son humaine lui prend le ventre à deux mains et la pose au sol. Minette remonte. Coralie la pousse. De nouveau au sol, Minette proteste et revient derechef sur les genoux ; et essaye de toucher l'objet.
Coralie la prend et se lève de la chaise. Elle l'emporte vers la chambre, la pose sur le lit, ressort. Minette la suit, mais Coralie lui claque la porte à la moustache. Minette sursaute. Elle renifle sous la porte ; elle n'a pas envie d'être là ; elle le signale. Puis elle gratte la porte ; ça s'ouvre, les portes, il ne reste plus qu'à comprendre comment. Elle essaye un long moment, en miaulant. Jusqu'au bruit. La porte fait un « bam », Minette saute en arrière d'un mètre, effrayée. Puis elle entend Coralie, depuis l'autre côté de la porte :

- Té ! Toa !

Elle avait fini par comprendre ce que signifiait « Té ! Toa ! ». Son humaine ne le disait que quand Minette miaulait. Elle en avait conclu que ce devait être une sorte de « Rét' », mais s'appliquant au bruit. Minette cesse donc, un instant, mais en fait, elle n'a pas envie. Alors, elle gratte la porte. Qui fait « bam », encore. Un grand bruit, violent. Est-ce que la porte se défend, quand Minette la touche ? Peut-être. Pour l'instant, elle crie, mais ensuite ? Étrange. 

Elle renonce à comprendre. Elle va vers le lit, mais proteste tout de même, en une longue plainte. Avant d'y monter, elle s'y frotte. Ici aussi, il fait chaud, comme quand elle était au soleil, dehors... Elle avait quitté le balcon à cause de ça, mais elle n'aurait pas dû. Minette masse l'oreiller de Coralie, en y repensant. Elle miaule, sourdement. Il y avait les chats. Pourquoi ces idiots ne sont pas venus ? Et maintenant, elle est enfermée, là, toute seule, avec cette chaleur en elle. Au-delà de la porte, elle entend Coralie qui rit, encore. Minette se roule sur le lit, en miaulant.

Puis Coralie mange, Minette mange, la nuit tombe et son humaine s'endort. Minette se roule sur ses fesses et s'y loge, juste en haut des jambes, comme d'habitude. Et cherche à dormir... mais elle en est incapable. Elle a chaud, si chaud...

Elle passe la nuit à miauler. À un moment, Coralie se lève et l'emporte en grommelant. Cette fois, elle l'enferme dans la cuisine. Minette proteste, mais rien n'y fait.
Il fait chaud, si chaud, tellement chaud... c'est simplement... insupportable. Elle s'endort, cependant, épuisée. Mais elle ne se réveille pas reposée.

Un jour et une nuit de plus passent ainsi, ses poils brûlants, sa peau la grattant tant qu'elle se frotte à tout ce qu'elle croise, et à miauler, à appeler ces idiots qui ne viennent pas...

Puis, le jour d'après, Coralie l'enferme, encore, dans la boîte. Comme la première fois, Minette n'a rien vu venir. Son humaine l'a prise dans ses bras puis enfermée. Elle a protesté, certes, mais c'était trop tard...

Encore les bruits, encore le trop d'humains, serrés et puants ; encore la peur. Elle se souvient de Man, de Raymond et de Wof. Ce doit être là qu'elle va. Mais non. Coralie pose finalement la cage dans une pièce où plein d'humains sont assis. Il y a d'autres chats, aussi, dans d'autres cages, à côté de ces autres humains. Et des Bêtes ; certaines encore plus grandes que Wof, d'autres, plus petits qu'elle-même, mais tous puant la crasse. Minette miaule et se frotte à sa grille : elle appelle le chat roux, en face d'elle. Le chat lui répond, désolé ; il ne peut pas venir. Coralie lui dit quelque chose, mais elle n'écoute pas. Avec sa patte, elle essaye d'ouvrir la grille ; mais c'est idiot : elle n'a encore jamais réussi. Aujourd'hui, peut-être ? Les humains y arrivent bien, à ouvrir ça, donc ça ne doit pas être si dur.

Puis Coralie l'emporte, ils passent une porte et, enfin, la grille s'ouvre. Son humaine l'attrape, en parlant avec un autre humain, que Minette ne connaît pas. Il y aussi une humaine inconnue ; ils sont habillés en blanc, tous les deux. Coralie la pose sur une table, Minette essaye de partir, mais n'y arrive pas ; on la retient ; c'est l'humaine inconnue. Coralie part, sans rien dire ; mais où va-t-elle ? Elle la laisse avec les humains qu'elle ne connaît pas ! Il faut qu'elle revienne ! 

Quelque chose l'a piqué ; c'est très douloureux : elle le signale, furieuse, puis voit que c'est l'humain inconnu qui a osé lui f... oh... Sa vision se trouble. Elle essaye de taper l'auteur de la douleur, mais sa patte remue à peine. Ses paupières sont lourdes. Elle n'arrive plus à penser..., plus à bouger... Le monde devient flou, puis s'efface. Qu'est-ce qui lui arr...?

Elle dort. Comme jamais.

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Fin du Premier âge - Chaton

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